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Paul Claudel

BOUNRAKOU

C'est le nom du théâtre de marionnettes d'Osaka, d'où est sorti le drame moderne, dit Kabouki.
La marionnette c'est le masque intégral et animé, non plus le visage seulement, mais les membres et tout le corps. Une poupée autonome, un homme diminutif entre nos mains, un centre à gestes. La marionnette n'est pas comme l'acteur humain prisonnière du poids et de l'effort, elle ne tient pas au sol, elle manœuvre avec une égale facilité dans toutes les dimensions, elle flotte dans un élément impondérable comme un dessin dans le blanc, c'est par le centre qu'elle vit, et les quatre membres avec la tête, en étoile autour d'elle, ne sont que ses éléments d'expression, c'est une étoile parlante et rayonnante, interdite à tout contact. Les Japonais n'ont pas essayé de la faire marcher, c'est impossible, elle n'a pas de rapport avec la terre, elle est fixée comme sur une tige invisible et elle tire la langue de tous les côtés. La jambe et le pied ne sont plus simplement des moyens d'avancement et de support, mais l'instrument et le ressort de toutes les attitudes, démarches et intrications spirituelles, ce qui sous nous exprime l'inquiétude, l'élan, la résistance, le défi, la fatigue, le réveil, l'envie de partir ou de rester. Regardez voir, on 1'a monté pour que vous voyiez mieux! Regardez ce petit bonhomme, il fait tout ! Regardez ce monsieur et cette dame en l'air, toute la vie au bout d'un bâton ! Et nous autres par derrière, comme c'est amusant, bien caché, de faire exister quelqu'un ; de créer cette petite poupée qui se peint par les deux prunelles dans l'âme de chaque spectateur, qui s'y promène et qui s'y démène ! La seule chose qui bouge au milieu des rangs l'un derrière l'autre de ces spectateurs immobiles et dont ce petit farfadet est comme l'âme endiablée ! au milieu de toute cette attention enfantine la déflagration de ce diable de petit feu d'artifice !
La marionnette japonaise n'est pas de celles qui n'ont rien que la main au bout de mon bras pour corps et pour âme. Elles ne brandillent pas non plus fragilement au bout de quelques fils, comme quelqu'un que soulève et tour à tour lâche et reprend une destinée incertaine. L'animateur les manœuvre de tout près cœur à cœur et ça saute si fort qu'on dirait que ça va lui échapper. Il n'y a pas qu'un seul animateur, il y en a deux, parfois trois. Ils n'ont pas de corps ni de figure, ils sont vêtus d'un fourreau noir, les mains et le visage voilés de noir. La poupée est l'âme collective de ce lambeau d'ombre, de ce groupe de conspirateurs dont on oublie bientôt l'existence. On ne voit plus, comme des hachures autour d'un dessin, que cette espèce de noir crachat sur lequel se détache dans ses vêtements rouges et blancs ou en or le petit seigneur majestueux ou frénétique. Le dialogue est celui de deux étoiles, chacune derrière elle traînant son groupe agglutiné d'invisibles inspirateurs. A droite, accroupis sur une espèce de tribune, entre deux cierges, il y a deux hommes en costume spécial, celui qui raconte et qui parle et le préposé à l'émotion. Le premier a devant lui un pupitre sur lequel est déposé le libretto, et les acteurs de bois qui au milieu de leur tas noir obéissent non pas comme chez nous à des mains et à des doigts mais à un conciliabule de cœurs s'unissent à ce qu'il dit ; c'est quelque chose qui se détache du livre et qui s'en approprie le langage ; nous ne sommes plus en présence d'interprètes mais du texte même. Le second choriste tient la guitare à long manche japonaise, le shamisen de peau blanche, d'où il tire de temps en temps, au moyen d'une plectre d'ivoire, quelques sons, sans doute assez semblables à ceux de la lyre antique. Mais de plus il est à lui seul tout un chœur à bouche fermée. Il n'a pas droit à la parole, il n'a droit qu'au gémissement et à l'exclamation, et à ce bruit animal et sans lettre qui vient directement de la poitrine et de l'opposition au souffle de nos diverses anches et soupapes. Il interroge, il est content, il est inquiet, il souffre, il désire, il est en colère, il a peur, il réfléchit, il grogne. il pleure, il raille, il injurie, il soupçonne, il insinue, il rage, il rugit, il caresse. Sa fonction est d'amorcer le public. Il. est à lui seul tout le public qui fait oh ! et ah( 1) ! Il ne lui manque que la parole.

1. Il y a dans la littérature Japonaise une expression : connaître la Ahité des choses (mono no aware woshiru), cela dans toutes les choses qui fait AH !

L'oiseau noir dans le soleil levant
Paul Claudel

Gallimard Paris, 1929.

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